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06:30 - jeudi 07 août 2008

Ils ont tout perdu : et maintenant ?

PAR FLORENT MOREAUET LAURENT DECOTTE

region@lavoixdunord.fr

PHOTO PIERRE LE MASSON Les pelleteuses ont beau s'activer depuis plusieurs jours, l'état des secteurs sinistrés est toujours pathétique en Sambre, même si l'on commence à y voir un peu plus clair. Dans la tête des victimes, c'est un peu la même chose. Malgré le formidable élan de générosité, malgré les bénévoles qui affluent et les autorités locales qui s'activent, de nombreux sinistrés vivent toujours en pleine galère. Et n'ont aucune, mais aucune vision à long terme.

La maison de Brigitte, mère de famille hautmontoise, est dévastée, tout comme celle de sa maman, qui vit à côté : «  Je suis au RMI, je dors chez mon fils mais on ne peut pas rester chez lui. C'est pas qu'il veut pas, mais il a deux enfants, et il est aussi au RMI... » Hier midi, Brigitte ne savait toujours pas si son logement social était réparable : «  On a rempli tous les papiers, mais le problème c'est de savoir si on doit déménager les meubles et tout ça. Parce que dans ce cas-là, il nous faudra un camion. Où est-ce que je vais trouver ça ? On est perdus.

 » Là-dessus, l'annonce de la distribution d'une première aide d'urgence l'exaspère : «  C'est honteux ! Qu'est ce qu'on va faire de 150 euros ? Avec tout ce qu'on a perdu, ils peuvent se les garder... »

« C'est le brun »

À quelques maisons de là, rue Pierre-Curie, on trouve Frédéric et Lætitia, trois enfants de 8, 9 et 10 ans. Vu l'état de leur habitation, ils dorment depuis lundi à la maison de retraite du Clair-Repos, qui n'a jamais si mal porté son nom : «  Dès qu'on se couche et qu'on ferme les yeux, on entend le bruit de la tornade, un bruit méchant. » Hier, des amis les aidaient à dégager les décombres : « Pour l'instant, c'est le brun, dit Frédéric. Le propriétaire est en Italie, et à part les bénévoles et la Croix-Rouge, personne n'est venu nous voir. On n'a pas d'électricité, et on ne sait pas si la maison est réparable... » Ils arrivent à plaisanter sans trop savoir comment, mais s'inquiètent pour leurs enfants : «  Trois gamins qui dorment dans un endroit avec des personnes de 70 ans, c'est pas terrible, dit la maman. On aimerait bien avoir des préfabriqués. On a voulu aller voir les psychologues parce que les enfants sont tendus, ils ont envie de parler à quelqu'un, mais ils n'étaient pas là. On est aussi allés au centre culturel chercher des vêtements, car on n'a plus rien. C'est con, mais on n'a pas osé prendre beaucoup, parce qu'on se dit qu'il y a plein de sinistrés.

 » Tout le mobilier est couvert par l'assurance étudiante de Lætitia qui n'en attend pas grand-chose, voire rien du tout.

Les mal assurés

Ce sont les mal ou les non assurés. On chuchote leurs noms. «  Oui, j'en ai entendu parler, c'est terrible ! », confie-t-on de-ci de-là. Rue Aimé-Collet, l'une des plus touchées, on nous présente cette dame. Mère de deux enfants : «  Ils sont formidables, je ne les mérite pas. » Dur, ce jugement. Peut-être que cette maman estime ne pas toujours leur avoir offert tout ce qu'ils voulaient. Dix années de chômage pour elle et son mari. De la galère. « Les Restos ». Son mari qui reprend le boulot et retombe malade. Alors, depuis février, ils ne pouvaient plus payer l'assurance de leur maison qu'ils avaient quasiment fini de payer. Et vlan. Ce coup de vent. Une vie envolée. Et ce coup de fil à l'assurance. Pas payé, pas assurée, lui répond-on grossièrement. Elle colère. Et son assureur revient la voir. La rassure un peu. On lui promet «  un geste ». Tout en lui disant que ce n'est pas parce qu'on est assuré depuis trente ans qu'on est assuré quand on n'a pas payé depuis quelques mois. Aujourd'hui, la famille s'en remet à cette parole, à ce «  geste » promis. Sans s'en contenter.

Dans cette famille, on se bat, on bâche s'il pleuvait. Car on veut reconstruire. Et être indemnisé.

Cet agriculteur de Boussières, lui non plus, ne le sera pas. «  C'est moins grave que tous ces gens », tempère-t-il avant même de nous expliquer sa situation. «  J'ai perdu six à sept hectares de maïs, à 1 700 euros l'hectare. En général, on n'assure que les céréales contre la grêle. Pas le maïs. » Son assurance n'a rien voulu savoir... À vous saper le moral. Heureusement, il y a Sophie Poulet. Un brin de femme d'un dynamisme stupéfiant. «  Je suis obligée, mon mari est hospitalisé. » Son pavillon de Boussières-sur-Sambre a littéralement explosé. Mais elle avait tout prévu. Et dans ce tourbillon, son armoire si précieuse a été sauvée. Dedans, tous ses papiers et les photos de son mobilier avant le drame. Et son assurance l'a couverte de promesses. «  Au début, on s'est dit qu'on ne voulait plus jamais vivre ici. Et puis Météo France nous a dit qu'un tel phénomène ne pouvait se produire deux fois.  » Alors on reste, on reconstruit. •

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