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dimanche 11 mai 2008

Mai 68, printemps pas comme les autres, dans le Valenciennois aussi

Mai 1968 : le Valenciennois bouillonne lui aussi. À partir de mardi, notre collaborateur et historien local Francis Remy racontera en feuilleton ce mois pas comme les autres. Le Printemps culturel, lui, vient d'éditer un petit livre consacré à Mai. L'historien Pierre Outteryck y interviewe treize témoins directs, syndicalistes ou ouvriers du Valenciennois. Jalons...

par TH.TERSCHLUSEN

valenciennes@lavoixdunord.fr PHOTO ARCHIVES LA VOIX DU NORD

Enseignant, ancien élu du PCF, président du Printemps culturel, Jean-Jacques Potaux sait les détecter. À Valenciennes, il reste des traces visibles de mai 1968. Du côté de l'école des Beaux-Arts, les anciens bureaux d'Usinor, une inscription par exemple, à demi effacée : « gouvernement populaire ».

Les traces dans la mémoire sont plus fortes, Jean-Jacques Poteaux comme Pierre Outteryck en sont convaincus. Ce dernier, agrégé d'histoire, travaille sur mai 1968 depuis dix ans, au moins. Une expo, maintenant un livre (1). De quoi accoucher de quelques repères sur cette période charnière.

Le Valenciennois a pesé lourd dans le mai de la région. Logique : le bassin d'emploi représente un bon cinquième de la production industrielle nordiste. De plus le mouvement syndical y est remarquablement structuré, dixit P. Outteryck. Car le Mai valenciennois n'est pas celui de la Sorbonne. Ici, le mouvement est social, pas estudiantin. Valenciennes n'a même pas d'université, d'ailleurs. Un embryon de filière post-bac dans quelques bâtiments en préfabriqué disséminés en ville, c'est tout. « Mais le mouvement s'étendra aux lycées et collèges, y compris les CET, qui deviendront les lycées professionnels. Extension logique : les CET accueillent les fils d'ouvriers », poursuit l'historien. Qui s'attaque aussi à un mythe. Le Mai, ici, n'est pas génération spontanée. « Le bois était sec, il manquait l'étincelle. Mais le mouvement a pris du temps à démarrer. Plus de temps même que les grèves de 1936  ».

C'est le 13 mai seulement, un lundi, que Valenciennes est dans la rue. 5 000 personnes défilent place d'Armes. Paris est en ébullition depuis longtemps.

Dans le secteur, les grèves et occupations ne commenceront que dans la semaine qui suit. Et toutes les usines ne débrayent pas ensemble.

Joli mai, si joli que ça ? Ou printemps déjà pourri par l'angoisse des lendemains, sur les bords de l'Escaut ? Jean-Jacques Potaux garde une image en tête, de mai. Ces femmes qui défilent avec une banderole : « Du travail pour nos enfants ». Révélateur. À Valenciennes, le fameux plein-emploi des Trente Glorieuses est déjà bien ébreché. Les mineurs sentent arriver la fin de la mine. On commence même à se poser des questions sur la sidérurgie. Et l'avenir d'Usinor Trith. Le Mai valenciennois se nourrira aussi de cette anxiété diffuse. Ce que personne encore n'imagine, parmi les manifestants du 13 mai, c'est la violence du choc qui va venir. Les années 1970, années de plomb, arrivent. •

> (1) L'expo sera à nouveau visible dès le 14 mai au Quesnoy, puis en juin à Douchy. Le livre, « Un joli mois de mai, mai 1968 dans le Valenciennois »,

disponible au Printemps culturel, 23, rue P.-Eluard à Douchy.

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