Polémique autour d'une gifle
Les élèves évoquent à propos de l'enseignant mis en cause, âgé de 49 ans, « un prof autoritaire mais un bon prof». : PHOTO DIDIER CRASNAULT
Que s'est-il passé lundi matin au collège Gilles-de-Chin, un établissement réputé sansproblèmes ? Un professeur de technologie y a giflé un élève de sixième, fils degendarme. Il n'enseigne plus jusqu'à sa comparution devant la justice le 27 mars(notre édition d'hier). Comment un homme réputé bon pédagogue en est-il arrivé à franchirla limite ?
PAR G. BEYS ET H. MERCIER
region@lavoixdunord.fr
PHOTO DIDIER CRASNAULT Hier, aucune information ne filtrait du collège. Le corps enseignant s'en tenant au silence. « C'est interne », lâche une habituée de l'établissement. Un professeur accepte de parler vers 11 h : « On est tous très marqués par cette affaire. La garde à vue, ça me choque. C'est un enseignant autoritaire mais c'est un excellent professeur », dit Jacques Naert, lui-même professeur de technologie.
C'est son collègue qui est inquiété après 29 ans de carrière. De lui, Pierre Bavay, un ancien du collège, venu chercher son petit frère, n'a que de bons souvenirs. « Je l'ai eu trois années. C'est un bon prof. » « C'est dommage, c'est mon prof de technologie », lance une élève de cinquième, toute chagrine. « Normalement c'est un prof cool mais il faut le respecter », dit Kévin, 14 ans.
Mais revenons à ce fameux lundi que retrace le procureur Bernard Beffy. L'enseignant veut déplacer des tables pour favoriser le travail en groupe de sa classe de sixième. Arrivé devant l'une d'elles, il balaye d'un revers de main les affaires d'un élève. « Pourquoi monsieur avoir fait cela ? », objecte alors le collégien qui se voit plaqué contre un mur. « Connard », répond l'enfant. Le mot de trop pour l'enseignant qui le gifle violemment sur la joue gauche, le traîne par le pull jusqu'à son bureau et lui fait, dans une salle proche, rédiger une lettre d'excuses. Puis revient avec l'enfant et dit à toute la classe : « La parenthèse est fermée vous n'en parlez à personne. » Comme si, pour ce professeur, l'incident était clos. Réglé. On en est loin. Deux fillettes, au bord des larmes, prennent le chemin de l'infirmerie. Elles sont choquées. Tout revient aux oreilles de la principale du collège.
Interpellé plus tard dans la matinée à son domicile avec 0,36 mg d'alcool, l'enseignant est placé en garde à vue. Son avocat Me Jean-Marc Villesèche confirme que lors de l'interpellation son client avait bu deux verres mais chez lui et après les faits. « Parce que, dit-il , la situation l'avait perturbé. » Et d'insister : « Il n'a jamais exercé sous l'empire d'un état alcoolique. » Lors de son audition, l'enseignant a quand même reconnu une dépendance alcoolique depuis quatre ans.
Réponse spontanée
Et la gifle ? « C'est un geste qu'il regrette. Il s'est fait traiter de connard devant toute la classe. Il a répondu spontanément par un geste qu'il estime malheureux », déclare Me Villesèche. L'enseignant ne souhaite pas s'exprimer sur cette gifle. « Ce qui l'a dépassé c'est le placement en garde à vue une heure plus tard. Ça lui a paru un traitement disproportionné », explique son avocat.
Le procureur de la République justifie la conduite des poursuites et parle de « scène de violence parce que la gifle s'inscrit dans un enchaînement. Nous ne sommes pas dans le cas de rébellion d'un adolescent ». L'élève de 11 ans s'est retrouvé face à un professeur de stature imposante.
Le collégien giflé est un fils de gendarme. « C'est un élément qu'on a appris tardivement. Ça n'a eu aucune influence sur la procédure. Un fils d'ouvrier c'était pareil », précise le procureur Beffy. L'enseignant est poursuivi pour violences aggravées sur mineur. Le 27 mars, il sera entendu dans le cadre de la procédure de plaider coupable. Depuis lundi, il est en arrêt maladie. Hier, le volet de la porte de sa maison, dans un village voisin de Berlaimont, était fermé. « Il n'arrive plus à manger. L'affaire a pris trop d'ampleur », dit son épouse Fabienne, enseignante elle aussi. On la sent bouleversée. • VLire aussi en page 41
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