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jeudi 10 janvier 2008

Scénario catastrophe pour les wateringues ?

Scénario catastrophe pour les wateringues ? : PHOTO JEAN-CHARLES BAYONScénario catastrophe pour les wateringues ? : PHOTO JEAN-CHARLES BAYON

Réchauffement climatique annoncé, gel des crédits de l'État, l'inquiétude grandit aupays des wateringues. Efficace, le système de rejet des eaux à la mer pourrait se gripper,faute de moyens financiers suffisants. Les 450 000 habitants du polder conquis sur la mervoilà huit siècles doivent-ils redouter un scénario catastrophe ?


PAR OLIVIER TARTART
region@lavoixdunord.fr
PHOTO JEAN-CHARLES BAYON Un mauvais film catastrophe : 200 kilomètres carrés noyés sous les eaux, dans le Dunkerquois, l'arrière-pays du Calaisis et le marais audomarois, des dégâts estimés à 150 millions d'euros, des mois avant que le polder ne s'assèche à nouveau. Voilà quel serait le visage du polder de l'Aa demain, si le système d'évacuation des eaux de crues venait à se gripper. Un scénario redouté par l'Institution interdépartementale des wateringues, chargée depuis trois décennies d'empêcher que la mer du Nord ne reprenne un territoire de 1 000 km² chèrement conquis au Moyen Âge. Seulement voilà : la source de financements des services de l'État semble tarie. Pire, ils tardent à verser le million d'euros promis pour financer les investissements entrepris en 2005 (lire ci-contre).
Ce scénario catastrophe serait-il peu plausible ? Nullement, selon les acteurs de terrain. La région semble même avoir été à deux doigts de passer de la théorie à la pratique ces dernières semaines. Pas plus tard que le 8 novembre. Déchaînée, la mer du Nord avait, par exemple, repris ses aises sur la digue à Malo-les-Bains. « Nous avons eu une frayeur a posteriori, avoue Jean Schepman, président de l'Institution interdépartementale. La surcote était de 2,10 m seulement, le coefficient n'était pas énorme (76). Que serait-il arrivé lors d'une marée d'équinoxe ? Et si en plus, notre système de pompage n'était pas efficace ? » Comment le système complexe des wateringues (d'une capacité totale de pompage de 120 m³ par seconde) peut-il être pris en défaut ? Parce qu'il est aujourd'hui à un tournant, estime Hervé Poher, vice-président de l'Institution interdépartementale. « On est passé d'un système agricole à un système urbain et industriel, ce qui augmente l'imperméabilisation des sols et la vitesse de ruissellement des eaux. » Si on y ajoute les changements climatiques annoncés et un gel des crédits de l'État, l'ancien maire de Guînes s'avoue peu optimiste : « Le territoire connaîtra d'ici deux-trois ans une catastrophe majeure, comme la Somme l'a vécue. On va se réveiller trop tard. Et là l'argent viendra ! »
Dissolution
Si les ministères tardent à s'acquitter de leurs dettes, le préfet Canepa a chargé, début 2006, deux missions de se pencher sur les wateringues. D'étudier la modernisation de leur organisation et de les aider à trouver de nouveaux financements (4,7 ME par an). Car, quel que soit le scénario, la quête de fonds s'annonce compliquée.
Les conclusions des missions, rendues publiques voici peu, soulignent la complexité administrative, entre des sections qui ont édifié le réseau de watergangs au Moyen Âge, et une Institution née voici trente ans pour évacuer l'eau collectée vers la mer. Va-t-on vers la création d'un syndicat mixte ?
Les treize sections du Nord - Pas-de-Calais craignent une dissolution pure et simple. L'Institution, financée par les conseils généraux, rappelle que la mission d'assèchement du polder n'est pas de la compétence des Départements, « mais bien une mission de service public, on en appelle à la solidarité nationale ».
La question du financement est tout aussi épineuse (lire ci-contre), tout comme la gestion des portes à la mer (l'écluse Tixier, tête de pont de la lutte contre l'invasion marine, est en mauvais état). Les acteurs du dossier se sont réunis autour de Jean-Régis Borius, sous-préfet de Dunkerque. D'autres rendez-vous sont programmés pour trouver un avenir financier au système des wateringues. Ainsi qu'à son polder de 1 000 km² habité par 450 000 habitants. •


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